Carnet de route
Séjour raquettes en Queyras
Le 05/02/2026 par michel maunand
Lors des randonnées et des joies qu'elles révèlent, un petit nombre sont des paradoxes : descendre pendant quatre jours des vallons gorgés de poudre blanche sans mes planches sous les chaussures et sinuer en raquettes entre des traces de godille que j’adoooore faire, cela peut s'appeler contradiction, masochisme, égarement, vieillissement. Ou bien Amour, se laisser guider, virer au contemplatif. Un peu de tout ça, et heureux avant tout.
Pourtant, j’ai eu mal, l’onglée au bout des pieds, très mal, si mal que l’équipe de copines s’en est émue, chagrinées pour le seul homme douillet du groupe. L’hélichryse de Marie-Christine n’y put rien, pas plus que mes chaufferettes comprimées. D'autres ont souffert en silence.
Si se retrouver dans un groupe à très forte majorité féminine n’est pas du tout déplaisant, je me dois de porter à la connaissance des cafistes que la raquette est une activité pour des dames joyeuses. Dans le gîte, c’était une évidence pour les quatre groupes rencontrés. Et malheureusement, les deux seuls clients à skis n’ont pas relevé notre niveau de modestie masculine, lâchant que les adhérents FFCAM n’étaient pas drôles du tout, et qu’eux, ils faisaient 1500m de runs chaque jour. J’ai hésité de jeter mes skis et peaux de phoque dans le brûlot woke. Leur tournant le dos, qu’il fut doux d’être bien entouré par celles dont la sagesse coule dans l'âme, plutôt que du sang dans les seuls muscles.
Je passe rapidement sur l’âge moyen, quoique l’excellent et jeune accompagnateur montagne, Nicolas, ait classé notre unité d’élite à 3 sur 4 sur l’échelle Allibert. Entre 500m+ et 700m+ quotidiens : de Soulier à son Lac, de la Rua au Bucher, le long des vallons à partir de Brunissard, des Raux à la crête de Curlet. Magiques.
Bien sûr, l’amour et l’amitié étaient bien là, avec Marie-Pierre, les copines, les gérants du gîte qui aiment leur métier et leur Enzo d'un an, le garde du parc et Maï Thü, la stagiaire.
Je me laisse aussi à croire que nous, encadrants cafistes, avons des lacunes. Certes, nous sommes gratuits, prudents, formateurs, patients, rigolos (?), mais quand même, admettons : AMM c'est ...
- une connaissance parfaite de la faune et de la flore, de tous les sommets, villages, vallons...
- la préparation de thermos individuels avec une vraie soupe chaude chaque jour + piqueniques généreux sur nappe, café abondant, chaud, dans une cafetière en verre à piston (manquait que le dijo, qui finalement était proposé chaque soir en fin de dîner).
- sous ces premières éloges, comment ne pas avoir été contemplatifs quand il nous aide à traquer les chamois aux jumelles, suivre les traces des écureuils et lièvres, respecter la zone de combat du tétra lyre, ouvrir la bouche sans voix sous un vol de deux aigles, compter les aiguilles des pins cembro ou chercher les fruits des mélèzes planqués dans leur écorce par les pics épeiches ? Et nous étonner de la mémoire des corvidés, tel ce cassenoix moucheté qui blottit des milliers de graines sous les arbres pour un hiver gourmand.
- Nous avons écouté l’histoire des chalets de Clapeyto, l’urbanisme en coupe-feu de Saint Véran. Nous avons été dominés par son Cervin du coin (Rochebrune), le faîte des Mélèzins, l’observatoire du pic de Château-Renard et les toits du fort de Château Queyras.
J’en reviens avec des étoiles, le scintillement blanc, les nuées et flocons d’hiver, des idées d'aquarelles, l’entraide du groupe, les jolis bonnets, les fous-rires, les gamelles dans la grosse poudre, les apéros corses d’Anne-Marie, le livre qui me tombe sur le nez dans le lit.
Ici, pas de Serre-Che, de Cham, de Courch ou de Val-d'Is. Notre guide a parfaitement géré le risque 4 avec des beaux itinéraires tranquillous, et il a conclu : dans notre massif, il y a une mauvaise nouvelle : pas de boutique de luxe. Et il y a aussi une bonne nouvelle : pas de boutique de luxe.
Christine, tu as bien eu raison de cibler le Queyras et Nicolas pour cette activité en toute simplicité dans ce coin calme, avec peu de remontées mécaniques. Quel massif ! Quel guide ! Quel groupe !
Et viva la raquette … enfin, faut pas exagérer, je n’ai pas encore jeté mes skis !
Anne-Marie, Marianne, Bénédicte, Marie-Christine, Marie-Hélène, Marie-Pierre, Martine et Christine.
Michel.





