Carnet de route
LE PAS D'LA MINE, ÇA PAYE PAS D'MINE MAIS C'EST PAS D'LA TARTE
Sortie : Col du Grand Van du 03/02/2024
Le 07/02/2024 par Jean Beaufort
Samedi 3 février, Pierre, Jean-Baptiste et moi, nous partons pour La Morte (quel triste nom !), la commune où se situe la station de l’Alpe du Grand Serre, face au Taillefer (2857 m). Le sommet du Taillefer « pourrait » être notre objectif aujourd’hui, mais un objectif qu’on aura peu de chance d’atteindre : 1400 m de dénivelé, mais surtout un passage délicat qui nous fera perdre du temps. Sur l’itinéraire du Taillefer, Pierre envisage plutôt de nous faire atteindre le Col du Grand Van (2663 m, soit 1200 m de dénivelé environ).
Dès le parking (1540 m), à l’endroit où la petite route est fermée l’hiver, on trouve de la neige : au départ on a préféré marcher skis sur les sacs car sur le goudron la couche était fine et parfois ininterrompue, mais dès que nous avons pu, nous avons chaussé pour monter dans les bois, puis par le vallon qui débouche sur la « Côte des Salières », pour arriver sur « l’altisurface » qui est au Sud de la Crête de Bouffier.
La neige était gelée, ce qui a nous permis une montée rapide jusqu’à la côte 2300 m environ.
Une fois en haut de cette « altisurface », le programme des réjouissances s’affiche sous nos yeux : une traversée dans une pente à 35° environ sous la crête du Sergent Pinelli, puis le franchissement du fameux « Pas de la mine », avec une pente à 40° qui atteint environ 45° sur le haut (c’est une sorte de corniche).
On s’y lance : Pierre est très serein, Jean-Baptiste et moi un peu moins … ! Certes, le BERA indique un risque 1 (passant à 2 dans l’après-midi sur les pentes ensoleillées) : côté avalanche, les conditions sont donc exceptionnellement sûres (cet itinéraire doit souvent être très avalancheux, je suis soulagé d’y passer aujourd’hui). Mais, revers de la médaille, la neige est gelée, parfois gentiment décaillée sur une petite épaisseur mais croûtée en certains endroits. Or il y a de longues pentes en contrebas, sur plusieurs centaines de mètres, avec des affleurements rocheux qu’on n’aimerait pas vraiment croiser en cas de glissade incontrôlée (glissade certainement « incontrôlable » plutôt, vu la pente et la dureté de la neige).
Bref nous voilà partis pour franchir ce fameux Pas de la Mine : logiquement il nous faudrait 20 à 30 minutes, on a dû y passer plus d’une heure. En effet, assez rapidement, nous avons demandé à Pierre de nous assurer : il lui a fallu créer des relais à deux reprises, nous assurer l’un après l’autre.
Au-dessus du Pas, nous avons rechaussé et nous sommes montés quelques centaines de mètres en direction de la Croix du Sergent Pinelli (on n’avait plus le temps de basculer vers le vallon peu pentu, mais long, qui nous aurait amenés au Col du Grand Van) : l’heure tournait.
Évidemment, à la redescente il nous a fallu franchir à nouveau ce fameux pas. Pas question de le faire en crampons comme à la montée, ç’aurait été interminable. La meilleure option était de descendre à ski, en dérapage sur cette neige gelée. Mais à nouveau, Jean-Baptiste et moi avons demandé à Pierre de nous assurer sur les trente premiers mètres, les plus raides. Nouvelle perte de temps mais c’était plus sage. J’ai d’ailleurs flippé en voyant Pierre descendre à son tour, en dernier donc évidemment sans assurage : un dévissage aurait pu être fatal.
Dans ce récit, je me suis beaucoup étalé sur le franchissement du Pas de la Mine. Je n’ai pas assez parlé des magnifiques paysages que nous avons vus, de l’ambiance ensoleillée, de la bonne entente entre nous, de la beauté du ciel en fin de journée. Bref, une magnifique journée de ski.
Merci Pierre pour ton choix d’itinéraire, ta patience et tes conseils. Merci aussi pour les techniques de ski-alpinisme que tu nous as permis d’expérimenter.





