Carnet de route
Menu Pascal (ou plat principal, Agneau)
Le 15/04/2019 par michel maunand
Le chef Clément (futur guide de haute montagne ?) nous propose un menu 3 étoiles, à déguster entre amis, pendant les fêtes de Pâques.
S’entraîner une semaine avant le WE pascal
Faire ses courses et choisir un massif, un grand sommet, une orientation, une inclinaison maximum et une déclinaison météo (ce sera l’Oisans, le sommet des Agneaux (la calotte dite l’Agneau Blanc à 3634m), par la face sud, la plus directe, via le refuge du Glacier Blanc, sur deux jours disponibles et finalement ensoleillés. (ouf, on évite facilement la boucle expo Brèche Lory/col de Ecrins et de justesse le couloir Dawin à 50°max proposés par le chef!)
Constituez une petite équipe de 4 guerriers qui vont participer à la réussite du diner, en éliminant malheureusement les malades, les inquiets, les travailleurs, les trop peu expérimentés, bref tous ceux que vous aimez bien et à (pour) qui il est difficile de dire non
Faire mijoter ces ingrédients le samedi après-midi pendant quatre heures de route avec quelques épices aux gilets jaunes, tout en préparant un accueil confortable dans un chalet de Vallouise (merci Jean-Luc), avec un repas de veillée et de travail arrosé d’un bon Pinot Gris et mon horrible Costières de Nîmes (parait que le mal au ventre du lendemain serait dû à l’eau du robinet !!!). Aiguisez vos couteaux et vos broches, bonne nuit.
Levez-vous tôt, récupérez par chance un DVA au chalet (quelle quiche je suis !), profitez de l’ouverture récente de la route jusqu’au pont du Ban à 1830m, préparez les jambes avec un grand apéritif de 1500m+ le dimanche jusqu’au col de Monêtier 3340m, décorez la vue avec un levé de soleil sur le Coolidge, portez vos outils sur le dos sous le glacier blanc, prenez un café (soluble) en passant au refuge, découpez très légèrement la neige par des conversions tendues dans du 35°, traversez la vire du col avec le commis (Hervé), n’oubliez pas que c’est un guerrier, descendez de l'eau en surfusion décaillée (de la neige douce)... et faites une grosse sieste afin d’être en forme pour le plat principal du lundi.
Le soir, tout doux sur la bière, reservez-vous de la soupe et de la blanquette semoule, n’oubliez pas d’ouvrir la fenêtre du dortoir, de mettre les boules quies pour ne pas entendre ceux qui refont le monde au-dessous jusqu’à minuit, et levez-vous pas trop tôt, la chantilly est tendue le matin, et la descente des premiers clients ne se fera qu'au mieux vers 12h/13h avec une petite moquette de bienvenu.
Mais ça ne rigole quand même pas, il faut du matos de pro autour du ventre, une corde au cou à défaut d’étoiles, un couvre-chef en dur et, à 8h, les peaux crissent, le salmigondis de traces s’évanouit, le chaud-froid nous engourdi, l’émincé d'une trace directe en crampons nous élève jusqu’à l’arrête finale, effilée, un zest de spectre de Brocken dans un nuage laiteux nous fige au passage, le caviar de la vue au sommet est servi sur un plateau d’argent et, sans traîner, le primeur printanier sur glissade de goulet en glace noir n’est qu’un prélude de bétadine avant les grandes courbes du Sabayon en émulsion croutée/expo/transfo (en + clair que ces menus étoilés « dans la descente du couloir, j’ai glissé avec Clément sur la glace, piolet/crampons en live, ma main écorchée, mes jambes flagada pour les premiers virages ! »), puis le chef et le commis se resservent une louche de 200m+ pour le fun, tandis que, en nage réduite, Jean-Luc m’accompagne pour un plat traditionnel de refuge briançonnais (omelette aux PDT-salade-coka-café).
Non merci, pas de digestif, éventuellement encore un peu de portage pour quitter la salle et rejoindre la voiture, et apportez l’addition svp. Pour un repas comme cela, on paie cash avec grand plaisir.
Et n’oubliez pas de remercier le chef.
Michel





