Carnet de route

La Rama

Le 20/02/2018 par Mandon Emmanuelle

      Adrien, Pierre, Renaud, Michel, François et moi : nous sommes 6 embraqués à bord du paquebot de Michel, piloté par Michel, à parcourir les routes désertiques de ce petit matin du mardi 20 février. Froid glacial, soleil bas, aurore diaprée, ciel lumineux tel une promesse.

      Au col de Cabre, il n'y a pas une once de neige. Puis nous traversons Veynes. Enfin, les premières montagnes d'une blancheur immaculée nous font signe. Nous passons le col du Festre dans un décor de coton, et la voiture s'arrête aux Coutières. Nous posons les pieds par terre, à 1350 mètres d'altitude. Le sol crisse, les bouches fument. La température est basse. Ça s'active pour s'habiller, vérifier les sacs, tester les arvas, chausser les skis… ça y est, on est parti !

      Le premier faux plat est parfait pour s'échauffer doucement, tout en prenant la mesure du paysage qui impose le respect. Nous longeons une ferme aux relents éloquents. Il doit y avoir des vaches, là-dedans. Là-haut, devant nous, se dresse la Rama, notre destination. Mais les nuages du nord passent à travers la montagne et la récouvrent en partie. Est-ce bien là, que nous devons nous enfoncer ? Avide et déjà nostalgique d'une splendeur engloutie, je ne perds rien de la vue encore dégagée au sud et à l'est, alors que nous filons au nord.

      Nous grimpons de plus en plus fort, et le rideau de nuages recule miraculeusement, jusqu'à se déchirer complètement. Les dieux sont avec nous. Le rythme est modéré mais l'effort constant. On s'arrêtera peu pendant cette ascension de 3 heures. Une première fois pour boire et tomber quelques vêtements, car le soleil nous assiste décidément. Une deuxième fois pour reboire et remettre les vêtements, car le vent se fait sentir à partir de 2000 mètres. Nous en profitons pour fixer les couteaux : la pente qu'on s'apprête à gravir sur les 300 derniers mètres de dénivelé est de 30 degrés, et la neige un peu dure. Pour François et pour moi, c'est un bon exercice, inédit et exotique.

      L'arrivée au col de la Rama (2250 mètres) est fascinante. Le Grand Ferrand émerge d'une mer de nuages, ainsi que le Rocher Rond à sa droite, au premier plan. De part et d'autre du col, deux belles arrêtes jouent les tentatrices. Michel va donc en éclaireur. Sa silhouette diminue. Un cri nous parvient, des moulinets de bras : on peut le suivre ! Pas trop près du bord gauche, car la plaque à vent pourrait traitreusement nous entraîner au fond du précipice ; pas trop à droite, car la pente est coquette ! Bref, nous progressons selon une juste trajectoire et nous nous élevons encore d'une cinquantaine de mètres, jusqu'à une petite cime idéale pour y faire le pique-nique. Nous sommes à 2300 mètres. La vue à 360 ° suffirait presque à nous combler. Ceci étant, nous mangeons quand même ! Les nuages sous nos pieds jouent avec les reliefs, à moins que ce ne soit l'inverse. Je suis scotchée devant cet écran géant… en 4D. Quel moment de grâce !

      La descente s'annonce ludique. La neige n'est pas si dure que cela, et l'on s'enfonce modérément. La montagne est à nous. Certains vont pouvoir y imprimer de belles et fluides ondulations, d'autres vont y graver de mémorables chutes. Moi, je vote pour François Roi de la casacade !

      Au milieu de la descente, nous croisons le groupe de ceux qui nous ont précédés durant toute l'ascension. Ils remontent, afin de s'offrir une descente à nouveau ! Et si nous faisions pareil ? Concertation, avis échangés, soupesés… l'appel de la bière l'emporte finalement sur tout autre considération. Une question de principe, aussi : allez on rentre, on va s'en boire une !

      Cette sortie s'annonçait difficile, dans des conditions de froid, de vent, de nuages et de verglas. Pour finir elle fut fabuleuse, d'autant plus fabuleuse que nous ne nous attendions pas à tant de récompenses. Merci le Dévoluy, et merci Michel !

Manue

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