Carnet de route

Raid ski en Ubaye

Sortie :  Raid Alpes du sud du 11/04/2015

Le 11/04/2015 par Maunand Michel

Au bout du lac de Serre Ponçon, coincé entre le Queyras et le Mercantour, l’Ubaye reste isolé, et presque méconnu. Barcelonnette et son ancien régiment de chasseurs alpins est une grosse bourgade tranquille que nous traversons samedi matin, en route pour la Fouillouse, point de départ de notre raid de 6 jours.

Un coup d’œil au pont du Châtelet, qui franchit un trait de scie de 100m que la rivière Ubaye a entaillé dans le verrou calcaire, et nous poursuivons quelques kilomètres à six dans la voiture de Jean Marc,  plus sa remorque pleine de skis, de chaussures et de sacs à dos. La route est étroite et abîmée.

Arrivés au joli petit village de la Fouillouse, les maisons sont pratiquement toutes fermées.

Nous croisons opportunément un couple de skieurs en fin de course qui nous indique le cheminement enneigé pour s’éviter 1 à 2 heures de portage. Merci. C’est que la neige est rare vers les 2000m, surtout sur les faces sud. Sacs chargés, chaleur et soleil plein cadre, nous montons gaillardement, en transpirant, pour passer un petit col vers les 2800m avant notre première étape, le refuge de Chambeyron, pile face au Brec homonyme. C’est un refuge d’altitude (2626m), sans douche, l’eau est dans des bidons qu’un guide va nous chercher courageusement à la source. Nous consommons moult boissons, il n’y a pas de soupe au dîner remplacée par une salade fraîche, repas agréable au demeurant. Jean François nous fait le coup de la mini insolation, sans suite heureusement. Il y a du monde, nous avons quand même notre dortoir à six, et nos boules Quies ! Le timing « raid » se met en place : couchés vers les 9h, levés vers les 6h45, que nous allons tout doucement améliorer (le levé !). A cette étape, il subsistera un quiproquo sur le régime sans gluten de Claudie : « tu ne resteras pas la meilleure amie du gardien » !

- On ouvre un œil en ce 2° jour, c’est toujours la tempête de ciel bleu, avec regel nocturne. Conditions idéales, sauf pour les lèvres, cous, nez … qui vont subir pendant 5 jours les agressions du soleil. Il manque des casquettes !

Pour ce dimanche 12 avril, la lune est dans son dernier quartier, elle flotte au dessus des sommets. Le col de la Gypière est vite avalé, la frontière franco-italienne franchie en une formalité imaginaire, et le colle (très) pentu dell l’Infernetto rejoint par une belle descente transfo et un repeautage chaud. On mouille le t-shirt. Thierry, notre bien aimé chef (notre Roi pour certains(ne) sujets) nous fait sortir les couteaux dans une traversée délicate. Pourquoi trimballer du matos et ne pas s’en servir ? Le sac est lourd, faut le justifier. Toutefois, la corde et les sangles/mousquetons ne sont pas utiles dans ce couloir plein nord parait-il infernal (voir vidéo) C’est (presque) godille en poudre pour tous. Puis, c’est un 2° repeautage pour aller franchir le col Ciaslara dans l’étuve sud. Les jambes sont molles. L’énergie reste sans doute intacte, et après le pique nique et une descente encore très agréable, nous repeautons pour la 3° fois, avec l’envie de chatouiller des pentes nord de l’aiguille de Chambeyron où subsiste un vague glacier, certainement en poudreuse dans le coin du couloir Nero. Et ça botte beaucoup ! Peaux mouillées + neige froide = gros paquets sous les skis. On rejoint les 3000m, avec diverses fortunes, trajectoires, renoncements. Et la dernière descente de rêve nous fait glisser dans les vallons de Marinet jusqu’à un chemin glacé sous les mélèzes. Le refuge CAF de Maljasset (1910m) nous ouvre son bar, ses douches, son étendage, son menu d’influences italiennes, ses lits individuels. Hervé nous rejoint par une route du bout du monde. Nous voila sept, au complet. Nous abandonnons quelques paquets (dont la corde) dans sa voiture.

- Au 3° matin, nous remontons le chemin gelé de la veille, puis après les efforts d’usage vers le col de Mary, nous escaladons l’arrête sommitale du Cialancioun, 3023m. A pied, car ce n’est pas skiable. Belle vue sur ces Alpes frontaliers, surveillés par le Viso au nord. Après une descente dans une neige de plus en plus molle, croisant des marmottes curieuses et quelques chamois broutant les faces sud, il faut bien se résigner au portage, le refuge Campo base n’est qu’à 1614m. Hervé a le mollet fragile ! Eparpillant nos affaires devant l’ancienne battisse militaire dominée par l’impressionnante aiguille Castello-provenzale, nous constatons qu’il n’y a pas un autre groupe. Nous allons être bien servis par le couple de gardiens latins. Ici, c’est le charme italien. Dîner impeccable : poivrons en salade dans l’assiette individuelle, pâtes fraîches, rôti/haricots verts, fromages, gâteau au chocolat, vin rouge dans les verres à pied… Sommes repus !

- Pour ce 4° jour, il faut bien porter les skis sur 300m+. Nos « smartphones » sont équipés d’Iphigénie, la nouvelle coqueluche carto, et c’est un jeu d’enfant de s’orienter et prendre la bonne combe. Thierry vérifie sur la carte quand même. Le col de Sautron est 1000m plus haut que le départ, et ça grimpe fort ... pour certains. Avec Jean Marc, je fais la cime de la Coste voisine et bien gelée, encore 150m plus haut. Nous pique-niquons ensemble au col, puis, pendant la descente, nous remontons une pente nord de 100m, pour étancher notre soif de poudreuse. Mais plus bas, nous le savions, l’arrivée au col de l’Arche doit se faire encore à pieds, sur 400m-, qu’il faudra remonter le lendemain…A force, nos forces s’émoussent. Arrivés au gîte, d’autres groupes nous rejoignent, et nous nous étalons tous dans l’herbe verte. Sommes nous au ski ?

La routine est en place : douches, petites lessives pour les plus courageux, boissons, jeux de cartes, lectures, sms, échanges, préparation du trajet suivant, souper, dodo…

- En cette 5° étape, un groupe de 3 jeunes filles et 2 jeunes hommes (enfin juste un peu plus jeunes que nous en moyenne !), venant de Savoie, se lèvent tôt pour aller au même refuge (Chambeyron à nouveau). Nous avons sympathisé, comparé nos connaissances d’itinéraire. Ils vont faire 2100m+, nous 1500m+. Malgré tout, on se trouve très en forme, marchant bien, profitant sereinement du panorama. On les sent affûtés, et on les tient au coin de l’œil (enfin, on ne les a jamais vu devant) !

La journée est une des plus chaudes. Nous devons passer 3 cols. La neige devient dure un peu partout en faces nord, celles que nous skions plein les jambes. Ce sont des piscines en face sud, celles que nous remontons. Les peaux sont à tordre. Les paysages sont superbes et sauvages. Le pique nique traîne au col du Vallonet, 2524m. Eric termine ses vivres, quel courage de transporter tant de bouffe. Il y a longtemps que d’autres prennent les sacs tout prêts à l’étape. A l’arrivée, Claudie retrouve son copain de gardien. Pour nous tous, nos vêtements sont salés pour ne pas dire plus ! Ca attendra la machine à laver et la douche demain soir. Les deux groupes à nouveau réunis font tarot. Je suis en veine, c’est rare. Et enfin, nous profitons d’une bonne soupe (peut-être l’annonce d’une perturbation le lendemain…)

- Il nous reste au programme une boucle autour du Brec de Chambeyron. P’tit dèj à 6h, et les presque vieux démarrent juste avant les pas tout à fait jeunes. Une course effrénée se met en place, on sauve les meubles comme on peut, deux des nôtres arrivent de justesse au col avant les deux dernières jeunes savoyardes. Nous confirmons, ils sont affûtés ! On leur souhaite bonne continuation vers Maljasset, prédisant secrètement qu’après un tel effort, ils vont ramer tout le reste de la journée !!! Malgré le mauvais temps qui progresse, nous faisons un AR en crampons à la tête de la Fréma (3142m) avant de nous lancer en direction du col de Stroppia sur des neiges durcies par le regel nocturne sans soleil matinal. Quelques flocons pointent leur nez et nous plongeons vite vers la Fouillouse, cherchant les dernières langues de neige pour nous éviter du portage.

Tous remercient Thierry pour ce beau raid ensoleillé, sympathique et d’une bonne cohésion amicale et physique.

Michel

CLUB ALPIN FRANCAIS CREST VAL DE DROME
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